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Abbaye de Chancelade en Périgord |
Dimanche 1er février, le pasteur Pierrot Munch était invité à
témoigner de la parole à l’Abbaye de Chancelade pendant
la messe dominicale.
Le texte du jour était 1 Corinthiens 7, 32 à 35. Le voici avec son
commentaire.
Célibat et mariage !
1 Corinthiens 7,
32-35
Frères, j’aimerais
vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des
affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est
marié a le souci des affaires de ce monde, il cherche comment plaire à sa
femme, et il se trouve divisé.
La femme sans mari, ou
celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être
sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des
affaires de ce monde, elle cherche comment plaire à son mari. C’est dans votre
intérêt que je dis cela ; ce n’est pas pour vous tendre un piège, mais pour
vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans
partage.
Merci pour l’accueil fraternel de votre paroisse qui accueille
de manière particulière des protestants ce matin. Il se trouve que le texte du
jour est 1 Cor 7 ! C’est quand même un texte rude pour les gens
mariés !
« Celui qui est marié a le souci des affaires de ce
monde, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé. »
Bref : si je
suis marié, je suis condamné à la division intérieure, à l’écartèlement
entre relation avec son conjoint et la relation avec Dieu, à vivre le contraire
de la sanctification dans son corps et dans son esprit ?
C’est tout de même un peu dramatique comme perspective pour
la vie chrétienne !
Mardi dernier j’ai été interviewé brièvement par Radio Vatican sur l’œcuménisme à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens ; plusieurs fois, j’ai recouru à des images du couple pour parler de la relation entre les Eglises.
Si on lit le texte comme sur le célibat et le mariage comme
image de la relation entre les Eglises,
qu’est-ce que cela donne ?
·
une Eglise qui resterait seule serait donc
totalement dévouée à Dieu
·
une Eglise en relation avec une autre église serait
donc une Eglise qui est divisée et qui se perd ?
Je crois que cette innterprétation
nous conduit à l’impasse…
Alors, comment suivre
Paul dans ce texte ?
Quelques fois c’est utile de revenir au contexte. Dans le chapitre 7 de 1 Corinthiens, Paul répond à des questions de la communauté sur le
mariage.
Et au verset 25 , on trouve peut-être une clef : « Au
sujet du célibat, je n’ai pas reçu un ordre du Seigneur, mais je donne mon
avis, moi qui suis devenu digne de confiance grâce à la miséricorde du
Seigneur. »
Surprise ! Paul affirme qu’il n’a pas eu d’ordre du Seigneur,
mais il donne son avis en
insistant que c’est un avis personnel. Il prend ses précautions ! Il connaît
le Deutéronome !
« un prophète qui aurait la présomption de dire en mon
nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ce prophète-là
mourra. »
Alors Paul précise bien que ce n’est pas une prescription de
Dieu, mais son avis personnel ! Chez Paul, il y a donc deux types
d’enseignements : des enseignements sûrs, de la part de Dieu et qui
s’imposent à tous, et puis des enseignements ou des préceptes qui viennent de
sa propre initiative et que l’on peut contester sans contester Dieu lui-même.
Effectivement, je conteste la
vison du mariage que Paul déploie dans ces versets. Je crois que Paul souffre
ici de « Platonite ». Platon et beaucoup de philosophes grecs avec
lui ont une vision dualiste de l’homme et du monde.
Dans cette vision, la matière est
créée par des dieux inférieurs appelés « démiurges » qui sont des
divinités de second rang. Mais l’âme et la vie spirituelle sont créées par un
dieu supérieur. La matière est
considérée comme lourde, mauvaise, opposée à la pureté de l’âme. Le corps matériel
boueux et lourd tire l’âme vers le bas. La sexualité fait partie de cette boue.
L’âme toute spirituelle est prisonnière de ce corps lourd. Dans cette idée,
l’âme peut -être libérée par des exercices spirituels comme par exemple la
contemplation du beau. In fine, par la mort corps corporelle, l’âme est libérée de sa prison et retourne
au divin.
Cela ne correspond pas du tout à la vision biblique de la création et
de l’être humain
Tout le chapitre 1er
de la Genèse est rythmé par le refrain : « il vit que cela était
bon ». A chaque étape de la création, tout le monde matériel est considéré
comme BON ! Et c’est le même créateur du monde matériel qui est le
créateur de l’être Humain avec sa dimension spirituelle !
Gen 2, 7 : « Le
Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans
ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. »
·
l’être humain est modelé de la poussière du sol c’est
sa dimension matérielle qui est qualifiée de « bonne » dans Genèses
1.
·
l’« haleine » est ce qui vient de
l’intime de la personne. Cette haleine de vie est donc une réalité de l’intime de Dieu qu’il
insuffle dans l’être humain : c’est sa dimension spirituelle qui vient
aussi de Dieu.
A partir de ces 2 composantes,
la poussière du sol et l’haleine de vie, est créé un « être humain ».
Non pas une dualité : corps et âme distincts, voire opposés, mais un être
unifié à partir de ces 2 composantes de départ. Un être unifié, qui existe
dans une double dépendance du « ciel et la terre », une double
dépendance du spirituel et du matériel. Mais attention, cette tension-là n’est pas la tension entre
le bien et le mal ! C’est une tension entre 2 réalités BONNES ! Et
l’être humain a besoin de se nourrir de ces 2 réalités. Si l’être humain vit uniquement de sa dimension matérielle, il
vit comme un sous homme ! Si l’être humain vit uniquement sur le plan spirituel,
sans assumer ses responsabilités concrètes, il plane !
Le bien-être humain se trouve
dans un équilibre entre les deux.
Genèse 1 et 2 nous disent aussi
combien la relation homme - femme dans le couple correspond à une
vocation de Dieu pour l’être humain. C’est le fondement du mariage et tous ceux
qui sont engagés dans la préparation de mariage connaissent cela par
cœur !
Entre 1979 et 1984, Jean-Paul II a prononcé une série de catéchèses qui sont
devenues un livre : La théologie du corps : l'amour humain dans le plan
divin - homme et femme il les créa : C’est un enseignement novateur sur la
sexualité, sur l'amour et le mariage dans le sens d’une vision très positive.
Finalement la difficulté de ce texte
de Paul nous appelle à la conscience et nous oblige à creuser la vision
biblique du couple et du mariage !
Mais si nous ne suivons pas
Paul dans ces versets, faut-il les piétiner pour autant ?
« Au sujet du célibat, je n’ai
pas un ordre du Seigneur, mais je donne mon avis, moi qui suis devenu digne de
confiance grâce à la miséricorde du Seigneur. »
Paul est quand même digne de
confiance !
Et dans son texte, il creuse un
sillon totalement inédit : la valorisation du célibat consacré à Dieu qui
est à contre courant de la tradition juive. Le célibat est plutôt dévalorisé et
même vu comme une malédiction !
Paul bien sûr se situe dans un
contexte d’attente du retour imminent du Christ et dans ce contexte, ce n’est plus
la peine de se marier et d’avoir des enfants.
Mais au-delà de ce contexte, il
creuse aussi un sillon : celui du célibat consacré. Depuis 2000 ans, on
voit ce que l’Eglise doit au célibat consacré ! Le célibat consacré a été
la source d’une nouvelle fécondité immense, et c’est Paul qui a creusé ce
sillon ! Peut-être fallait-il un peu d’excès pour arriver à faire avancer
les mentalités !
Et dans ce texte, Paul dénonce
aussi des pièges réels de la vie de couple :
o
la vie de couple peut s’enfermer sur elle même
o
la vie de couple peut se perdre dans une quête
du plaisir déconnectée de l’amour qui ouvre à l’autre et aux autres
o
la vie de couple peut conduire à des divisions
intérieures quand les 2 ont du mal à s’accorder
Nous pourrions conclure, non en
opposant, mais en reliant. Finalement, célibataires et personnes mariées, en
communion, nous pouvons suivre Paul lorsqu’il exprime ce qui le conduit fondamentalement
: « Frères, j’aimerais vous voir libres de tout souci… afin que vous soyez
attachés au Seigneur sans partage. »
Amen
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